21 Sep, 2023

Portrait de Co Naissant : Arnaud Autric

Portrait Arnaud Autric

AprĂšs avoir travaillĂ© 15 ans dans l’industrie, Arnaud envisage une reconversion dans les mĂ©tiers de l’artisanat. Il rejoint alors le parcours Entreprendre pour faire le tri dans ses idĂ©es de projets entrepreneuriaux, et les prioriser. 
Le parcours lui permet Ă©galement d’accĂ©lĂ©rer ses rĂ©flexions et de travailler sur la gestion de la prise de risque, inhĂ©rente au lancement d’un projet entrepreneurial. 

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter ton parcours avant de rejoindre Co Naissances ?

Je m’appelle Arnaud Autric, j’ai 42 ans. AprĂšs un bac S, j’ai fait une Ă©cole d’ingĂ©nieur en biologie Ă  Cergy-Pontoise oĂč j’ai obtenu un diplĂŽme axĂ© sur les industries de la biologie, l’agroalimentaire, le pharmaceutique et l’environnement.

Finalement, plutĂŽt que de travailler dans la biologie, le hasard m’a amenĂ© dans l’industrie pharmaceutique, vers des mĂ©tiers de la « supply chain » : de la chaĂźne d’approvisionnement Ă©tendue. J’ai Ă©tĂ© responsable d’approvisionnement, j’ai travaillĂ© au niveau des achats, puis dans des postes de planification de la production. J’ai trouvĂ© ce domaine assez stimulant, et suis restĂ© 6 ans dans cette usine de mĂ©dicaments.

AprĂšs la naissance de notre premier enfant, nous avons dĂ©cidĂ© de quitter la rĂ©gion parisienne avec ma femme pour venir nous installer Ă  Lyon. Je cherchais une industrie qui avait plus de sens, j’ai donc rejoint ensuite une entreprise dans le domaine du photovoltaĂŻque. Mon dernier poste Ă©tait celui de responsable transport avec la gestion d’une Ă©quipe pour la distribution en Europe.

D’un cĂŽtĂ©, c’Ă©tait trĂšs stimulant comme environnement. Il y avait beaucoup de challenges, j’ai aussi appris Ă  parler anglais, j’avais des collĂšgues Ă  l’international, ça m’a apportĂ© une ouverture d’espace intĂ©ressante. Mais d’un autre cĂŽtĂ©, il y avait aussi beaucoup de pression pour pas beaucoup de sens derriĂšre
 Mon travail se rĂ©sumait finalement Ă  envoyer des mails, Ă  faire des tableaux Excel trĂšs compliquĂ©s, des prĂ©sentations Powerpoint en anglais


AprĂšs 15 ans dans ce milieu, j’ai vu que le cĂŽtĂ© stimulant et l’intĂ©rĂȘt de ce genre de mĂ©tier n’était plus suffisant par rapport aux contraintes. La quarantaine approchant, j’ai eu envie de faire autre chose


đŸŽ€ Quel a Ă©tĂ© le dĂ©clencheur pour rejoindre un parcours chez Co Naissances ?

J’ai connu Co Naissances car ma femme avait suivi le parcours Orientation qui lui avait beaucoup plu et aidĂ© Ă  se rĂ©orienter dans un nouveau travail.

Quand je me suis dĂ©cidĂ© Ă  quitter le monde de l’industrie, j’étais trĂšs attirĂ© par l’entrepreneuriat car j’avais envie de redescendre Ă  une Ă©chelle plus humaine.

Il y a beaucoup de gens qui veulent changer radicalement de mĂ©tier, mais c’est souvent assez nĂ©buleux parce qu’on n’a pas forcĂ©ment d’idĂ©es ou de passions qui peuvent devenir un mĂ©tier, et ça peut ĂȘtre assez dur Ă  vivre.

Ça a Ă©tĂ© mon cas : je ne m’étais pas dit depuis l’enfance que je voulais faire un mĂ©tier prĂ©cis, comme ĂȘtre charpentier par exemple. Je n’avais pas d’idĂ©e prĂ©cise de ce que je pourrais faire : avant le parcours, j’ai cherchĂ© pendant plusieurs annĂ©es ce qui pourrait me motiver si je quittais l’industrie. J’ai passĂ© en revue plusieurs mĂ©tiers et l’artisanat Ă©tait un domaine qui me plaisait bien. J’avais l’intuition que c’Ă©tait plus ça qu’autre chose
 J’ai pensĂ© un temps Ă  devenir affineur de fromage, avoir une petite boutique, mais le cĂŽtĂ© pierre sĂšche est aussi arrivĂ© assez rapidement.

Je trouvais ce domaine intĂ©ressant pour le cĂŽtĂ© « petite structure » mais il fallait aussi qu’il puisse me permettre de gagner ma vie, un critĂšre important pour moi, comme le fait de ne pas avoir Ă  repartir dans des Ă©tudes sur plusieurs annĂ©es. Il fallait que j’arrive Ă  faire une reconversion assez rapidement.

A ce moment-lĂ , j’avais plusieurs idĂ©es de projets et je cherchais encore comment les prioriser. Le parcours Entreprendre m’a donc paru bien adaptĂ© pour faire ce discernement.

đŸŽ€ Qu’est-ce que ce parcours t’a apportĂ© ?

Le parcours m’a aidĂ© Ă  prendre du recul, Ă  me poser les bonnes questions par rapport Ă  toutes les problĂ©matiques d’emploi, d’orientation et de choix de vie aussi. Il m’a aidĂ© Ă  accĂ©lĂ©rer les rĂ©flexions que j’avais, par les rencontres et par les types de questions qu’il a suscitĂ©es.

Le fait d’échanger avec les autres participants de mon groupe, qui avaient dĂ©jĂ  des projets ou qui Ă©taient Ă  des stades diffĂ©rents a Ă©tĂ© enrichissant.

Le parcours m’a aussi permis de prendre conscience de 4 critĂšres qui Ă©taient trĂšs importants pour moi :

  • Le besoin de produire avec mes mains, un critĂšre qui rejoignait donc bien les mĂ©tiers de l’artisanat.
  • Le besoin de voir le produit de mon travail, ce que je n’avais pas dans mon ancien mĂ©tier.
  • Un autre critĂšre trĂšs important était de travailler en extĂ©rieur, en lien avec la nature ainsi que l’aspect Ă©cologique, faire attention Ă  notre habitat au sens large, une notion trĂšs prĂ©sente et importante dans notre famille.
  • Le dernier Ă©tait de participer Ă  l’Ă©conomie locale en travaillant localement. C’est quelque chose que je voulais pouvoir faire par rapport Ă  mon mĂ©tier d’avant dans le transport international.

Partant de ces critĂšres, le mĂ©tier de la pierre sĂšche s’est assez rapidement imposĂ© car il cochait toutes les cases.

Le parcours m’a aussi permis de savoir comment m’y prendre pour valider la faisabilitĂ© de ce projet car le mĂ©tier de murailler est quand mĂȘme assez peu connu. J’ai donc contactĂ© et suis allĂ© rencontrer sur le terrain des personnes qui faisaient ce mĂ©tier pour voir comment elles vivaient. Ça m’a permis de me rendre compte que c’Ă©tait un mĂ©tier qui pouvait me permettre d’en vivre.

Enfin, j’ai trouvĂ© Ă©galement intĂ©ressant de pouvoir partager avec les autres personnes du groupe autour du dernier obstacle : la gestion de la prise de risque. Comme d’autres, j’étais Ă  l’époque en CDI dans un travail assez confortable, se lancer dans un parcours d’entrepreneur peut donc paraitre assez risquĂ©. C’est un aspect est assez difficile car c’est souvent Ă  ce moment-lĂ  que les gens abandonnent.
J’ai pu avoir une rĂ©flexion pour bien mesurer le risque, peser le pour et le contre, voir quelle alternatives et « bretelles de sĂ©curitĂ© » on pouvait avoir si ça se passait mal
  Avoir fait toutes ces Ă©tapes, aidĂ© par les coachs et les autres participants qui partageaient les mĂȘmes prĂ©occupations, m’a dĂ©cidĂ© Ă  franchir le pas.

A l’issue du parcours, j’ai donc pris ma dĂ©cision et donnĂ© ma dĂ©mission. A partir de lĂ , nous nous sommes donnĂ©s 2 ans avec ma femme pour voir comment ça allait se passer, le temps de me former et de s’installer Ă  Draguignan, une ville intĂ©ressante pour le marchĂ© de la pierre sĂšche et qui avait Ă©galement du sens pour notre projet familial car c’est la ville dans laquelle j’ai grandi. Je me suis dit qu’au pire, si ça ne marchait pas, il serait toujours possible de retrouver un travail dans mon ancien mĂ©tier avec mon bagage existant dans l’industrie, car rien n’est jamais perdu.

Je me suis aussi rendu compte qu’il n’était pas non plus possible de tout border ou calculer d’avance. En effet, en dĂ©mĂ©nageant et en changeant de mode de vie, de consommation, d’alimentation, etc., il est difficile de pouvoir prĂ©voir exactement le niveau de revenus et de dĂ©penses pour ĂȘtre Ă  l’équilibre, car ces aspects-lĂ  Ă©voluent beaucoup. Il faut donc apprendre Ă  lĂącher prise et faire confiance, tout en prĂ©voyant des filets de sĂ©curitĂ© et des ressources sur lesquelles s’appuyer : ma femme a trouvĂ© un emploi avant qu’on dĂ©mĂ©nage, nous nous sommes installĂ©s dans une ville oĂč j’avais de la famille. Nous Ă©tions donc bien entourĂ©s.

đŸŽ€ Quel conseil donnerais-tu aux personnes qui s’interrogent sur leur projet pro ?

Le conseil que je pourrais donner, c’est de bien s’entourer dans sa pĂ©riode de rĂ©flexion parce que rĂ©flĂ©chir tout seul, c’est dur, on manque trĂšs vite de perspective.

Et puis d’oser. Il faut prĂ©voir et anticiper un minimum avant de se lancer mais quand on choisit d’entreprendre, il faut aussi accepter la prise de risque, l’inconnu et de ne pas tout contrĂŽler ! Avec le recul, j’ai trouvĂ© ça plutĂŽt facile parce que tout s’est bien passĂ©. Pas un jour je n’ai regrettĂ© d’avoir osĂ© mon changement de mĂ©tier et de vie.

đŸŽ€ Comment ce sont passĂ©s les dĂ©buts de ton activitĂ© et oĂč en es-tu aujourd’hui ?

Pendant 6 mois, j’ai fait diffĂ©rents stages sur des chantiers de murailler pour commencer Ă  apprendre avant de passer mon diplĂŽme en pierre sĂšche dans les CĂ©vennes.

En parallĂšle des chantiers, j’ai aussi passĂ© un certain temps Ă  travailler la partie dĂ©veloppement commercial pour me crĂ©er un rĂ©seau. Au bout d’un an, j’ai commencĂ© Ă  avoir des chantiers rĂ©guliers.

Aujourd’hui, tout se passe toujours bien, mon carnet de commandes Ă©volue. Je travaille surtout pour des clients privĂ©s, mais j’aimerais Ă©galement avoir plus de commandes publiques, travailler pour les mairies par exemple, pour contribuer Ă  embellir nos paysages plutĂŽt que de construire des murs en bĂ©ton
. Je travaille donc beaucoup Ă  promouvoir la pierre sĂšche auprĂšs des institutions publiques.

J’ai aussi plusieurs gros chantiers qui se mettent en place et qui me demandent de faire appel Ă  d’autres collĂšgues muraillers. Je me pose donc la question de faire Ă©voluer les statuts de mon entreprise pour pouvoir accĂ©der Ă  d’autres types de chantiers qui peuvent aussi ĂȘtre trĂšs intĂ©ressants.

Mais j’ai conscience que de passer de la libertĂ© du statut de micro-entrepreneur Ă  celui de sociĂ©tĂ© peut faire basculer dans une autre mĂ©canique, celle d’investissements, d’embauches, de toujours plus de marchĂ©s pour ĂȘtre rentable


C’est justement pour ça que j’ai changĂ©, que je fais attention Ă  prendre du temps avec ma famille, Ă  faire d’autres choses que j’aime, Ă  trouver un Ă©quilibre. Toutes ces questions font donc partie de mes rĂ©flexions actuelles.

Pour l’instant j’aime beaucoup ce que je fais et je suis heureux de pouvoir travailler Ă  l’embellissement de notre patrimoine et de nos paysages. Je suis trĂšs content d’avoir quittĂ© l’industrie pour faire ce mĂ©tier. Je rencontre Ă©galement beaucoup de personnes intĂ©ressantes dans mon travail et dans d’autres activitĂ©s.

Je sais aussi que c’est une Ă©tape. C’est un mĂ©tier que je ne suis pas sĂ»r de faire pendant 20 ans, parce que c’est quand mĂȘme trĂšs fatigant de porter des tonnes de pierres tous les jours ! Donc je ne m’empĂȘche pas d’Ă©voluer vers d’autres choses, suivant ce qui me plaira et au fil des rencontres.

J’ai vu que ce n’Ă©tait pas si difficile de changer et que l’ĂȘtre humain peut ĂȘtre assez flexible pour s’adapter donc, si j’ai mal au dos dans 5 ou 10 ans, je me dis que j’aurais sĂ»rement trouvĂ© d’ici lĂ  d’autres choses intĂ©ressantes Ă  faire ! Ou je ferai un peu de murs, plus un peu d’autres choses…

Muraille pierres sĂšches

đŸŽ€ Trois mots pour rĂ©sumer ton parcours chez Co Naissances ?

  • Emulation
  • Discernement 
  • AmitiĂ©. Je garde vraiment un bon souvenir de toutes les personnes de mon groupe que j’ai rencontrĂ©es. Nous gardons d’ailleurs des liens, on continue de s’échanger des nouvelles.

đŸŽ€ Et pour mieux te connaĂźtre, terminons par un questionnaire de Proust revisitĂ© Ă  la sauce Co Naissances 😉

  • Si tu Ă©tais un quartier de Lyon : J’aime bien le quartier de la Croix-Rousse car c’est un quartier oĂč il y a pas mal de crĂ©ativitĂ©. La pierre sĂšche est un mĂ©tier d’artisan d’art et j’aime l’art sous toutes ses formes

  • Si tu Ă©tais une valeur : C’est difficile de rester humble dans ce genre de questions ! Je dirais le courage. Dans les projets et dans le fait d’avancer. Ma femme me dit souvent qu’elle trouve que c’est assez courageux ce qu’on arrive Ă  faire.
  • Si tu Ă©tais une fragilitĂ© : Le doute. Parce que mĂȘme si c’est bien d’avancer, je trouve que c’est important de se remettre en question pour pouvoir ajuster des choses si besoin, plutĂŽt que de n’avoir que des certitudes.
  • Si tu Ă©tais un talent : Le sens artistique et l’organisation. J’ai un cĂŽtĂ© ingĂ©nieur trĂšs organisĂ© et un cĂŽtĂ© trĂšs artistique. A priori, 2 aspects qui ne vont pas forcĂ©ment ensemble mais qui au final, se complĂštent pas mal. 

Pour contacter Arnaud :
– Son mail : arnaud.autric@gmail.com
– Son profil Facebook 
– Le site de la FĂ©dĂ©ration Française des professionnels de la Pierre SĂšche

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